Produit grâce à la généreuse contribution financière d'Alain Richard pour un
homme qu'il respectait beaucoup avant de comprendre.
Vancouver, si je me rappelle bien. II y avait aussi le père Dion, un autre
qui en avait assez et Hertel. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus, mais
c'étaient des « héros » à mon époque ».
« Non, si t'étais un Canadien français dans les années 40, tu peux pas
être un québécois aujourd'hui. Les québécois ont tous moins de 30 ans.
Nous autres, on sera toute notre vie des « Canadiens français » parce
que I'on ne peut pas tout effacer par enchantement... On reste collé
avec nos souvenirs. On se demande pourquoi on est encore au Québec
... comme si I'on pensait que seul le Québec pouvait nous laver du
Québec... »
« Dans un sens, j'ai raté ma vie ; je I'ai passée à me remettre en cause,
à me corriger de la « maladie des années 40 », de mon étroitesse
d'esprit... à désapprendre ce que j'avais appris... à faire le contraire de
ce que I'on me défendait...
« J'aurais aimé être un homme d'affaires... ou peut-être diriger une
troupe de théâtre... ou une compagnie de disques et ça va faire trente
ans que je suis fonctionnaire... Je me plains pas, je gagne mon pain.
Mais qu'est-ce que ça m'a donné de passer ma vie à lire les auteurs
que I'on me défendait de lire quand j'étais petit gars, je connais Voltaire
sur le bout de mes doigts, plus que bien des Français mais à quoi ça
me sert... Je n'ai jamais été utile à personne en tant que Canadien
français ».
Duplessis, qui, de son propre aveu, ne lisait pas, aurait confié à des intimes « que les
Canadiens français avaient peu de place dans leur tête pour les idées des autres... »
Les auteurs anciens vont démontrer que l'étroitesse d'esprit est soeur de I'intolérance.
« Au contraire des peuples « vieux » qui sont devenus blasés sur ce que l'on peut
penser d'eux; les Canadiens français supportent très mal la critique » dit le pamphlétaire
Arthur Buies. « Notre outrageuse susceptibilité ajoute-t-il, piquée au vif par le moindre mot,
ne nous permet pas de supporter la plus légitime critique. Non seulement ils n'admettent pas
qu'on leur donne des conseils, qu'on les blâme sur tel ou tel sujet mais encore les éloges
semblent aussi provoquer leur colère ».
« Nous subissons mal la morgue souriante ou la bienveillance protectrice de nos
amis de Londres ou de Paris », confirme à son tour l'abbé Camille Roy. Nous n'acceptons
pas d'être comparés à des Esquimaux, d'être accusés de manquer de loyauté à l'Angleterre,
de descendre de métis et enfin de parler patois ». (C'est Barrès qui, parlant de l'arrivée de
nos troupes en France lors du premier conflit mondial, fait allusion « à ces Indiens et à leur
courage »).
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